...Où il est question de Rock n'Roll, de hip-hop, de football, de cinéma et des menus plaisirs de l'existence, qui vont des Stones aux Pink Floyd, des Tarantino aux plages corses, de Fela
Kuti à George Best, et de Jay Dee à Sam Peckinpah...
Alors, elle donne quoi cetteFrench touch ? Vous savez, ce terme a déjà été utilisé lorsque des gosses de riches aux
prénoms composés (Guy Cristo de Bajac machin, jean-etienne-edouard...), aux cheveux brushés et au rictus arrogant ont soi-disant préempté la musique électronique ces dix dernières
années... Mais la French Touch dont je fais ici mention concerne le cinéma. Depuis quelques années, également, des petits gars de chez nous (un peu gosses de riches
aussi, il faut préciser) se voient confier des machines hollywoodiennes, ainsi de Louis LeTerrier (pour un Hulk faiblard), Kassovitz (RIP), Alexandre Aja, Pitof, Christophe Gans ou
Jean-François Richet. Pour des résultats mitigés.
AvecMartyrs, Pascal Laugier joue lui dans une catégorie différente, à savoir tenter de renouveller le genre en
France. Après un premier film non sans intérêt, Saint Ange, ce dernier a donc sorti un nouveau long métrage - de fait - atypique et percutant, mais qui présente néanmoins plusieurs
défauts, et ne colle pas très bien avec la réputation de film "génial" (puristes) ou "insupportable" (commission de classification) qu'on veut lui attribuer. D'ailleurs, on a encore pu constater que les médias français dans leur grande majorité ont balayé le film d'un revers de main méprisant et snobinard, sans
justification précise, lorsque les mêmes font une page sur un Shyamalan nul à chier ou deux sur "pourquoi Romero n'aime pas Bush" (tous les trois ans).
Dans une interview passionnante au magazineMad Moviescet été, Laugier expliquait "son" cinéma, ce qu'il voulait créer, son avis sur le ciné fantastique français actuel, ses références absolues comme John Carpenter
etc... A ce titre, et pour commencer par un défaut manifeste du film, on se demande comment un gars de son envergure, en apparence si rigoureux, a pu fermer les yeux sur
l'interprétation catastrophique de Morjane Alaoui, qui "tient" pourtant tout le film. Par définition, si on veut faire un film fantastique tendant vers le réalisme, autant ne pas y insérer des
acteurs qui sonnent faux lorqu'ils crient "Attention" ou "Viens, on s'en va"...
Muscle ton jeu, Olivia Ruiz...
Mais c'est le fond qui déconne, d'avantage que la forme. La mise en scène, le jeu de caméra sont excellents, surtout dans une très bonne première demi-heure. En
particulier grâce à un grain trèseighties, d'une blancheur floue très française, qui n'est pas sans rappeler les tentatives horrifiques de l'époque
chez nous ou nos voisins, comme Baxter, 3615 Père Noël, Baby Blood, etc...Une image pastel et familière, qui succède à du super 8 introductif, et qui atteint son apogée dans la scène
"d'entrée" en famille, brillante et sauvage à souhait.
C'est ensuite que ça merdouille un peu pour le confort et la compréhension du spectateur. Une secte fascisante enlève l'une des deux héroïnes pour la soumettre à
une torture continue et systématique, et faire ainsi d'elle une "martyr", selon la définition de "témoin" de l'au-delà. D'où un gloubi-prêcha bizzaroïde, mené par une chef au look entre Pol Pot
et la chanteuse Dani. C'est ainsi, en France, on ne peut imaginer de "méchant" sans se prendre la tête sur son aspect, qui foire invariablement.
Au-delà du caractère forcément insoutenable (donc réussi) de la grande majorité des scènes, le film parait alors transposé dans une dimension trop grande pour lui,
un peu confuse et qui tourne en rond. Avec des relents douteux, comme lorsque la "grande méchante" donne sa définition de la martyrologie, et mélange des cas de pécheresses avec des malades du
cancer à l'agonie (???!!!). Mouais.Le choix de deux vengeuses au faciès "étranger" qui déciment une famille blonde peut lui aussi laisser une impression
ambigue.
Ce qui, encore une fois, ne doit pas enlever au film un certain nombre de qualités. En premier lieu celles de ne céder à absolument aucun cliché ou besoin
commercial. En cela on peut dire que Laugier a fait "son" film, sans lorgner du côté des américains, ce qui selon le contexte actuel est déjà beaucoup. Et que son oeuvre est du jamais vu, mais
sans que l'on puisse savoir vraiment ce qui est inventé pour autant.
Rien de nouveau en tous cas dans leMirrors de Alexandre Aja. Ce dernier bénéficiait pourtant jusque-là d'un écho
favorable auprès de moi, après un Haute tension étonnant et un La colline a des yeux jouissif, qui ne respectait rien. Deux bons films, soit rapidement un meilleur bilan que son
pater Alexandre Arcady, et surtout une tendance à faire "ses" films, comme Laugier. Mais c'était avant Mirrors.
"Chloé, do you copy, I'm in custody...dammit...."
Comme Gothika, le nouveau Aja est une bouse colossale, ringarde et commerciale, où on sent que le pauvre garçon a été(on espère)menotté par la Warner. Aucun besoin de s'appesantir sur un film autant sans intérêt, si ce n'est l'interprétation de Jack
"damnit" Bauer (qui lâche ici de nombreux "fuck") ou les nibards de sa femme à l'écran.
Pour le reste,Mirrors est un machin informe et inodore, gros sabots et clichetonneux, déjà vu et sitôt
bâillé. En guise de cliché, d'ailleurs, le film en empile des kilotonnes. Jugez plutôt : en 110 minutes on a droit, dans l'ordre, à un flic divorcé et alcoolique, une vieille bâtisse calcinée depuis des années (en plein NY !), des
ralentis, des flash backs, des têtes qui bougent en accéleré comme sur MTV, une blonde à poil, des enfants innocents, une victime schizophrène de la "folie des hommes", une salle de torture, un
couvent, des bonnes soeurs, Dieu qui sauve le monde (aaaargh tu parles de subversion), des rednecks sales et idiots, des dossiers archivés, de la fumée qui sort d'une voiture, une happy
end et un twist....au secours, mais assez apparemment pour faire kiffer Sutherland (mouaf mouaf)
Résumé de ce long article. Pour la French Touch, on attendra, mais la French s'touche, assurément...
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